L’attaque du ministère de l’Intérieur souligne l’urgence d’une cyber-récupération intelligente

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L’attaque contre le ministère de l’Intérieur révèle une vérité que trop d’institutions publiques et privées tardent à accepter : avoir une sauvegarde ne suffit plus. Il faut une sauvegarde intelligente.

Tribune – Bastien Bobe, Directeur Cyber Sécurité, Europe chez Commvault commente :

« Les attaques silencieuses ou destructrices rappellent une réalité essentielle : la cyber-résilience et la continuité d’activité reposent avant tout sur la visibilité sur les données et des contrôles d’accès stricts.

Sans savoir précisément quelles données sont touchées, exposées ou altérées, et sans maîtriser qui peut y accéder, toute remise en service devient un risque en soi. La résilience ne consiste pas à redémarrer vite, mais à redémarrer en confiance, avec des données identifiées, contrôlées et vérifiées.

Chez Commvault, nous considérons que la cyber-résilience s’appuie sur des principes clairs : visibilité continue, séparation des privilèges, traçabilité des accès et validation des processus avant la crise. Ces fondations permettent d’assurer la continuité d’activité, y compris face à des attaques conçues pour rester invisibles ou provoquer des dommages irréversibles.

Aujourd’hui, la question n’est plus de savoir si une organisation peut repartir, mais si elle peut le faire de manière sûre, maîtrisée et sans propager l’impact de l’attaque.

C’est ce qui fait la différence entre survivre à une cyberattaque et vraiment s’en remettre. »


Réaction à la cyber attaque qui a visé le ministère de l’intérieur par Eliad Kimhy, Senior Security Researcher – Acronis :

« Il s’agit d’une attaque particulièrement marquante. Si l’ampleur réelle des dégâts demeure incertaine, plusieurs sources indiquent qu’elle pourrait constituer une action de représailles menée par ShinyHunters à la suite de l’arrestation de l’un de ses membres — une hypothèse qui n’a toutefois pas été vérifiée de manière indépendante. ShinyHunters est un groupe que nous suivons depuis longtemps. Ces derniers mois, il a renforcé ses liens avec d’autres groupes de hackers redoutés, notamment Scattered Spider et Lapsus$.

Les opérations des forces de l’ordre contre les cybercriminels se sont fortement intensifiées ces dernières années, avec de nombreuses arrestations très médiatisées, des rapports publics et des opérations de démantèlement. ShinyHunters et Scattered Spider ont, en particulier, vu plusieurs de leurs membres arrêtés. Ces dernières semaines, leurs canaux de communication ont été saturés de propos hostiles à l’encontre des forces de l’ordre — en particulier du FBI — allant jusqu’à nommer expressément certains agents, envers lesquels ces groupes semblent nourrir une animosité personnelle.

Si cette attaque intervient en représailles à une arrestation, nous assistons alors à une escalade sans précédent : une confrontation directe entre des groupes criminels et les forces de l’ordre, se déroulant en temps réel dans le cyberespace. Ce qui rend la situation d’autant plus frappante, c’est que, selon les informations disponibles, de nombreux membres de ces groupes résident dans des pays occidentaux et se trouvent potentiellement à portée des autorités judiciaires occidentales.

Les raisons qui pourraient pousser ces groupes à accepter un tel niveau de risque, ainsi que l’objectif final recherché, restent floues. Cette action n’apporte aucun bénéfice évident, si ce n’est un possible gain de notoriété au sein des cercles criminels. En ciblant le ministère de l’Intérieur français, ils se retrouvent toutefois bien plus exposés et surveillés par les forces de l’ordre qu’ils ne l’ont été jusqu’à présent.

Les répercussions à long terme pourraient être considérables. À mesure que les forces de l’ordre accentuent la pression sur les organisations cybercriminelles — et sur certains acteurs étatiques —, d’autres attaques de représailles sont probables. Compte tenu de la nature des intrusions cyber, l’ampleur des dommages potentiels peut devenir très élevée, en particulier si des infrastructures critiques venaient à être ciblées. Un renforcement significatif des capacités de lutte contre la cybercriminalité apparaît désormais urgent.

À ce stade, nous attendons encore des éléments complémentaires. Mais si les premières informations se confirmaient, nous pourrions être en train d’observer un petit groupe de hackers criminels — pour beaucoup des adolescents ou de jeunes adultes — réussir à mener une action de représailles contre l’ensemble de la police et de l’appareil étatique français à la suite d’une seule arrestation. Si ce type de comportement devait se généraliser, comme le laisse penser l’hostilité ouverte actuellement affichée par ces groupes, il pourrait profondément modifier les relations entre cybercriminels et forces de l’ordre dans les années à venir. »