Une analyse de l’entreprise de cybersécurité Proofpoint révèle qu’une majorité d’organisations du secteur public en France ne bloque pas de manière proactive les e-mails frauduleux susceptibles d’atteindre le grand public.
Tribune – Proofpoint, Inc., spécialiste en cybersécurité et conformité, publie aujourd’hui les résultats d’une nouvelle étude analysant la posture de sécurité des e-mails de près de 300 organisations du secteur public en France. Les résultats montrent que 88 % de ces organisations ne disposent pas des mesures de sécurité nécessaires pour aider à se protéger contre l’usurpation d’identité de domaine, pouvant ainsi exposer le public au risque de fraude par e-mail.
Pour établir l’état actuel des défenses contre le risque d’usurpation d’identité, Proofpoint a analysé les niveaux d’adoption du protocole DMARC (Domain-based Message Authentication, Reporting and Conformance), une mesure de protection fondamentale des e-mails, au sein d’un large éventail d’organisations du secteur public français : départements, métropoles, conseils régionaux, centres hospitaliers universitaires et universités. Malgré les recommandations claires des autorités nationales compétentes, telles que l’ANSSI, l’étude met en évidence un manque de protection contre l’usurpation d’identité par e-mail et les attaques de phishing, pouvant augmenter le risque de fraude et de pertes de données.
Voici les principales conclusions de l’enquête Proofpoint :
- Une organisation sur dix ne dispose d’aucune protection de base : 10 % des noms de domaines ne disposent d’aucun enregistrement DMARC, ce qui les rend plus vulnérables à la fraude par courriel.
- La majorité se fie à une surveillance insuffisante : La majorité des organisations disposant d’enregistrements DMARC (51 %) mettent en œuvre uniquement une politique de surveillance du nom de domaine, qui n’empêche pas complètement les courriels frauduleux d’atteindre les destinataires.
- Adoption limitée de la politique « Rejet » : Seulement 12 % des entités analysées ont mis en œuvre une politique DMARC « Rejet », le niveau de protection le plus strict, créé pour bloquer activement les courriels non autorisés d’atteindre les boîtes de réception, indiquant que la 88% des organisations pourraient être davantage exposées aux risques de fraude par courrier électronique.
Résultats détaillés de l’étude :
- Conseils régionaux : Seuls 9% des conseils régionaux bloquent pro-activement les e-mails frauduleux en ayant adopté « Rejet », bien que 87% des conseils régionaux aient un enregistrement DMARC.
- Départements : Un pourcentage élevé de départements ont adopté DMARC (92 %), mais seulement 14 % utilisent la politique « Rejet ».
- Métropoles : Seules 41% des métropoles disposent d’un enregistrement DMARC, avec un pourcentage plus faible (18 %) mettant en œuvre la politique « Rejet ».
- Préfectures : Les taux d’adoption parmi les préfectures est modéré (70 %), avec un faible pourcentage (8 %) utilisant la politique « Rejet ».
- CHU (Centres Hospitaliers Universitaires) : Un pourcentage élevé de CHU ont adopté DMARC (88 %), mais seule une petite fraction (13 %) utilise la politique « Rejet ».
- Universités : Bien que 86% des meilleures universités Françaises aient adopté le protocole DMARC, seulement 8% utilisent la politique « Rejet ».
Implications et recommandations :
Le manque d’adoption généralisée de la politique « Rejet » pourrait laisser les citoyens plus vulnérables aux attaques de phishing, aux attaques par compromission de courriels professionnels (BEC) et à d’autres menaces véhiculées par courriel qui peuvent imiter des entités gouvernementales de confiance.
Les cybercriminels peuvent exploiter ces vulnérabilités pour :
- Voler des données personnelles : Obtenir des informations sensibles telles que les numéros de sécurité sociale, les informations financières et les dossiers médicaux.
- Diffuser de la désinformation : Disséminer des informations fausses ou trompeuses qui peuvent saper la confiance du public et perturber les services essentiels.
- Mener des fraudes financières : Inciter les citoyens à effectuer des paiements frauduleux ou à fournir une aide financière à de fausses organisations.
L’ANSSI recommande explicitement la mise en œuvre de DMARC dans son Guide d’hygiène informatique, aux côtés d’autres protocoles d’authentification des e-mails comme SPF et DKIM. Il s’agit d’une mesure gratuite, accessible à toute organisation et ne nécessitant qu’une simple modification des enregistrements DNS. Malgré ces recommandations claires et la simplicité de déploiement, l’absence de politique nationale contraignante contribue à ralentir l’adoption du protocole à son niveau de protection maximal, laissant une large partie des services publics potentiellement plus vulnérables.
« À l’approche des élections municipales, les communes et métropoles françaises pourraient devenir des cibles privilégiées pour les cybercriminels cherchant à diffuser de la désinformation ou à tromper les citoyens via de faux courriels officiels » explique Loïc Guézo, Directeur de la Stratégie Cybersécurité chez Proofpoint. « En période électorale, la confiance entre les citoyens et leurs institutions locales est encore plus cruciale. Une usurpation réussie du nom de domaine d’une mairie pourrait compromettre des données personnelles et créer des perturbations dans le processus démocratique en propageant de fausses informations sur les inscriptions électorales, les bureaux de vote ou les résultats. Sécuriser les communications officielles par l’adoption du protocole DMARC au niveau « rejet » est une mesure importante que les collectivités devraient considérer de mettre en place avant le début des campagnes électorales municipales. »
Méthodologie :
Proofpoint a analysé les enregistrements DMARC de 297 collectivités territoriales et services publics français, notamment les conseils régionaux, les départements, les métropoles, les préfectures et les centres hospitaliers universitaires. L’analyse a été menée en janvier 2026.
DMARC est un protocole indépendant d’authentification des e-mails conçu pour protéger les noms de domaine contre les tentatives d’usurpation frauduleuses. Une simple modification DNS aide à authentifier l’identité de l’expéditeur avant qu’un message n’atteigne sa destination. Le DMARC offre trois niveaux de protection : la surveillance, la mise en quarantaine et le rejet, ce dernier étant le plus sécurisé pour aider à empêcher les messages suspects d’atteindre les boîtes de réception.





