Publié par y4n4udel

« J’ai 14 ans et serai ton esclave sur Skype pour quelques bitcoins. » Sur le Deep Web, les chats ou encore certains forums, de telles propositions fleurissent. Sont-elles pour autant à prendre au sérieux ? Qui se cache derrière ces soi-disant mineurs qui se soumettent devant leur webcam ? Cet article propose quelques pistes de réflexion.

Par définition, un esclave est une personne qui est sous la dépendance complète d’une autre personne. De ce principe découlent deux conceptions antagoniques de l’esclavage, à savoir la soumission assumée et la soumission forcée. Dans un jeu sexuel entre personnes consentantes, le dominateur et l’esclave ont délibérément choisi d’endosser ces rôles.

Ainsi, un premier cas émerge, celui de l’adulte qui s’asservit à la webcam pour son plaisir. Lorsqu’il le fait pour de l’argent, les notions de plaisir et de liberté sont nuancées. Et quand il s’agit d’un enfant ou d’un adolescent, le sujet devient plus que problématique. Se soumet-il pour le plaisir en obtenant, en outre, un peu d’argent ? Est-il dans la nécessité de vendre son corps ? Est-il forcé de le faire ? Est-il vraiment mineur ? Plusieurs questions viennent à l’esprit lorsque nous tombons sur des annonces de prétendus mineurs se proposant de devenir esclaves à la webcam. En nous appuyant sur des exemples concrets, nous avons imaginé divers cas de figure qui, à défaut d’apporter des réponses claires, soulèvent de nombreuses interrogations et alimentent ainsi le débat.

  1. « Je vous laisserai jouer avec moi sur Skype pour 1 bitcoin »

Petite annonce trouvée sur le Deep Web.

Petite annonce trouvée sur le Deep Web.

« Salut, je suis une latino-américaine de 17 ans. J’ai besoin rapidement d’argent à cause de problèmes personnels. Un bon ami m’a suggéré de vendre quelques trucs ici [sur le Deep Web, ndlr], il m’a proposé de m’apprendre à utiliser TOR et de s’occuper des bitcoins pour moi […]. Je vous laisserai jouer avec moi sur Skype pour 1 bitcoin. Je ferai (presque) tout ce que vous voulez pendant une demi-heure. J’habite chez mes parents donc nous devons bien nous organiser mais comme je n’ai pas de boulot je passe la plupart du temps chez moi. Puisque je vis avec ma famille, nous devrons sûrement faire sans le son, à moins que je sois seule à la maison […]. Je vais faire ça juste quelques temps pour rassembler la somme dont j’ai besoin pour résoudre mon problème. »

S’agit-il réellement d’une adolescente de 17 ans qui a urgemment besoin d’argent et propose alors une demi-heure de show à la webcam pour 1 bitcoin ? Cette solution n’est évidemment pas la plus crédible, n’est-ce pas ?

Tout d’abord, l’arnaque semble bien connue. Que ce soit pour quelques bitcoins, un appel surfacturé ou l’obtention d’un code par SMS, de nombreuses « jeunes femmes » proposent des shows prétendument privés à la cam. La plupart du temps, ils n’ont jamais lieu. Mais il arrive que, par miracle, une « fille » apparaisse à l’écran. En réalité, via un petit logiciel comme SplitCam, il est aisé de gérer le flux vidéo de la webcam pour faire passer n’importe quelle vidéo enregistrée pour du live. Ce principe est régulièrement utilisé par les « brouteurs » qui s’adonnent à ce que l’on nomme « le chantage à la webcam ». Imaginez la scène un instant. Vous ne restez évidemment pas de marbre devant la vidéo et, très vite, vos habits volent aux quatre coins de la pièce. Et si la personne de l’autre côté de l’écran avait accès à votre ordinateur et gardait une trace de vos actions compromettantes… Ici, nous touchons un autre versant de l’esclavage à la webcam, à savoir le fait de contrôler la cam d’une personne à distance et à son insu. Nous y reviendrons plus loin dans cet article. Toujours est-il que, de fil en aiguille, nous passons d’une potentielle jeune fille innocente qui vend ses charmes pour seulement 1 bitcoin à un arnaqueur qui est capable de ruiner votre réputation tout en vous extorquant des sommes bien plus importantes. Et maintenant, qui est l’esclave dans l’histoire ?

Ensuite, le fait que le show se déroule sans le son nous met la puce à l’oreille. Une nouvelle fois, il s’agit d’un indice d’arnaque à la webcam. Comment réagiriez-vous si la charmante jeune fille qui se dénude à l’écran vous susurrait des mots coquins avec la voix de Sylvester Stallone ?

Enfin, le prétexte du problème personnel poussant la jeune femme à devenir une esclave online n’est qu’un moyen de vous tirer quelques larmes. La pauvre… Elle en est réduite à « faire tout ce que l’on veut » car elle a de sérieux ennuis. Heureusement qu’elle ne le fera que « quelques temps ». Soit. Si nous pouvons lui venir en aide, c’est avec grand plaisir. Sacrifions-nous.

Pour en savoir plus sur ce sujet en particulier, vous pouvez lire notre précédent article concernant l’ampleur du phénomène du chantage à la webcam porno en France.

  1. « 14 ans, blond et prêt à tout pour être votre esclave »

Jeunes garçons de 14 et 15 ans.

Jeunes garçons de 14 et 15 ans.

Si la partie précédente était traitée sur un ton plutôt léger, celle-ci prête moins à sourire. Que font ces mineurs sur le Deep Web ? S’agit-il une nouvelle fois d’une arnaque ? Aucun show mais l’encaissement de l’argent ? Nous l’espérons. Malgré tout, il est possible que ces annonces débouchent réellement sur des vidéos de mineurs. Si un jeune adulte peut facilement se faire passer pour une personne de 16 ou 17 ans, il est plus compliqué de feindre d’avoir 14 ans ou moins. Pourquoi trouve-t-on alors des enfants et adolescents prêts à se soumettre à la webcam ?

Tout d’abord, il peut s’agir de jeunes gens trompant la vigilance de leurs parents et trouvant un moyen simple de se faire de l’argent depuis sa chambre notamment en proposant ses « services » sur un chat. Cette solution est peu probable.

Capture d'écran du chat ICQ. En haut, à droite, "garçon esclave à la cam".

Capture d’écran du chat ICQ. En haut, à droite, « garçon esclave à la cam ».

Ensuite, nous pouvons à nouveau nous trouver face au cas de figure d’une vidéo qui n’est pas diffusée en live. Ici, nous avons alors à faire à une forme de pédophilie. Il existe malheureusement un nombre incroyable de vidéos pédopornographiques circulant sur le web et de nombreuses communautés qui se les partagent.

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Capture d’écran montrant des échanges entre communautés. Les liens ont bien entendu été censurés.

 

Enfin, le fait divers suivant illustre un autre cas de figure. En 2011, un pirate est parvenu à prendre le contrôle à distance de l’ordinateur de 42 victimes. Parmi elles se trouvaient de jeunes mineures. En prenant notamment la main sur des comptes Facebook, l’homme de 22 ans a ainsi pu espionner tranquillement ses proies en en faisant chanter certaines. Il a ensuite revendu quelques vidéos sur le web avant de se faire interpeller. Cette pratique est à rapprocher du RATting, technique consistant à prendre le contrôle d’un ordinateur à distance, notamment afin d’espionner sa victime via sa webcam, faisant d’elle un esclave en ligne.

Dans la même ligne, vous pouvez vous reporter à notre article consacré à l’espionnage via webcam ou « webcam hacking ».

      3. « Okay, j’ai décidé de dévoiler ma façon de propager un RAT »

Capture d'écran d'un forum d'échange sur les RAT.

Capture d’écran d’un forum d’échanges sur les RAT.

Un RAT (Remote Administration Tool, outil d’administration à distance) est un programme qui permet de prendre le contrôle d’un ordinateur depuis un autre ordinateur. Il comporte deux parties, à savoir le « client » et le « serveur ». Le premier est installé sur l’ordinateur de celui qui prend le contrôle et le second est installé sur l’ordinateur contrôlé.

Depuis plusieurs années, le RATting est une pratique en vogue chez certains internautes qui n’hésitent pas à se vanter sur des forums du nombre d’ « esclaves » (comme ils les appellent) qu’ils espionnent.

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« Esclaves en ligne : 126. Mon but est d’atteindre les 200. »

De charmantes personnes se proposent même de vous dispenser les meilleurs conseils pour garder le plus longtemps possible vos esclaves et cela sans même dépenser un seul bitcoin. D’autres s’échangent des esclaves et quelques-uns en vendent. Néanmoins, la plupart du temps, il s’agit simplement de curiosité malsaine quand bien même des pirates finissent tôt ou tard par vendre les vidéos où vous avez eu la mauvaise idée d’emporter votre ordinateur portable dans la salle de bain…

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« Je vais vous donner des conseils pour conserver vos esclaves aussi longtemps que possible. »

Notons que, si le terme d’esclave est utilisé par les adeptes du RATting, on ne peut pas parler d’esclavage à proprement parler puisque aucune personne ne se soumet dans cette affaire.

En conclusion, nous ne pouvons que vous mettre en garde contre les différentes dérives du web, qui tendent à faire de vous l’esclave quand vous croyez dominer. Ayez toujours en tête qu’Internet est un merveilleux moyen de masquer son identité et que la webcam ne reflète pas toujours la réalité…

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Article rédigé par y4n4udel

Image à la une : Flickr, Borghal

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Vos réactions
  1. kingkobra

    bravo pour cet article de tres bonne qualité! on en apprend tout les jours!