Devenir un cyborg, c’est possible : Deux Français sur 3 prêts à devenir « un être humain augmenté »

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Une étude menée pendant l’été par Opinium pour Kaspersky révèle que 92 % des Français seraient prêts à changer tout ou partie de leur apparence physique grâce aux avancées de l’augmentation humaine, c’est-à-dire l’amélioration des capacités humaines grâce aux sciences et aux technologies. Mais beaucoup craignent que cela ne soit accessible qu’aux plus riches et surtout que leurs corps ne deviennent la cible de cybercriminels. Quels sont les réels enjeux de l’augmentation humaine ?

Tribune Kaspersky – L’augmentation humaine, le processus consistant à augmenter ou à améliorer le corps humain grâce à la technologie et aux sciences, passionne de plus en plus les foules. Cet engouement est étroitement lié à la culture cinématographique et littéraire de science-fiction, où l’augmentation de l’être humain est un sujet central. Aujourd’hui, cette vision imaginaire de la « société du futur », composée de cyborgs et d’êtres humains parfaits semble beaucoup plus proche, et surtout, elle attise de plus en plus la curiosité de nombreux européens.

L’augmentation humaine ou la quête de la perfection et de la longévité

L’étude révèle que 94 % de la population européenne (92 % des français) serait prête à changer un aspect physique de leur corps si cela était possible, tandis que près des deux tiers (63 %) envisageraient d’augmenter leur corps grâce la technologie pour l’améliorer – de façon permanente ou temporaire. Cette quête de perfection, encouragée depuis de nombreuses années par les diktats de la beauté, venus du monde de la mode et des magazines, est prégnante dans les réponses des personnes sondées. Ainsi, l’émergence des technologies d’augmentation sonnera-t-elle le début de l’ère de l’être humain parfait ?

L’étude, menée auprès de 14 500 adultes dans 16 pays d’Europe et d’Afrique du Nord, révèle une scission entre l’Europe du Nord et celle du Sud : les Italiens, comme les Espagnols, sont les plus enclins à envisager une augmentation de la taille de leur corps (chacun 81 %) quand les Britanniques (33 %) et les Français (30 %) y sont moins enclins. Certains répondants ont même exprimé le désir de connecter des smartphones à leur corps.

La majorité (53 %) des répondants indiquent leur envie que l’augmentation humaine soit employée pour le bien de l’humanité : en effet, 53 % s’accordent sur l’idée qu’elle devrait être utilisée pour améliorer la qualité de vie. Dans l’ensemble des pays, l’objectif de toute augmentation humaine doit avant tout permettre l’amélioration de l’état physique des personnes (40 %) ou encore la résolution de problèmes de vue (33 %).

Toutefois, des doutes subsistent, notamment sur la question de l’accessibilité : l’augmentation humaine sera-t-elle accessible à l’ensemble des classes sociales ? 69 % des répondants dans le monde craignent que ces technologies soient réservées aux élites. Un chiffre qui frôle les 80 % chez les Britanniques et les Français, où le PIB est plus élevé que chez leurs voisins les Espagnols, lesquels semblent moins soucieux sur cette question.

Les risques cybers liés à l’être humain augmenté sont la première source d’inquiétude, au sein de la population comme parmi les experts

Les risques cybers liés à l’augmentation sont une véritable source d’inquiétude. La crainte majeure des sondés repose sur l’idée que la démocratisation de l’accès aux technologies d’augmentation serait une opportunité pour les criminels et les hackers, et que cela pourrait engendrer de terribles conséquences sur les données de l’individu mais aussi sur sa santé, si l’appareil implémenté venait à être piraté par exemple. Pour 88 % des répondants (85 % en France), la possibilité que des criminels ou des hackers puissent contrôler les appareils à distance est une source d’inquiétude. La « résistance » de ces technologies aux attaques potentielles de hackers est également source de questionnement pour 83 % des répondants français. Une perception partagée par 85 % des Européens également.

Réglementer les nouvelles technologies d’augmentation, une problématique qui pose question

47 % des répondants dans le monde s’accordent à dire que l’augmentation humaine devrait être réglementée par les gouvernements. Une position partagée par 55 % des répondants en France. En effet, l’absence de réglementation pourrait entraîner l’émergence d’un marché illégal sur lequel seraient revendues ces technologies, non testées et non brevetées. Une réglementation permettrait également d’empêcher certains abus de la part d’entreprises peu scrupuleuses quant à la confidentialité des données de leurs « patients ».

En effet, qui n’a jamais pensé que certaines de ses données de santé pouvaient être revendues à des entreprises ou même des organisations malveillantes, dans le but de mieux vendre certains produits ou de « pirater » l’identité d’une personne ? Les répondants de Grande-Bretagne insistent sur la nécessité d’une réglementation claire sur le sujet dans 77 % des cas quand en Grèce, moins encline à ce que les gouvernements aient « le contrôle » de l’augmentation, seuls 17 % répondraient favorablement à une réglementation.

Marco Preuss, directeur de l’équipe de recherche et d’analyse globale (GReAT) Kaspersky, commente :

« L’augmentation de l’être humain est le secteur sur lequel nous anticipons le plus d’innovations technologiques. Nous voyons déjà un large éventail d’applications émerger dans le quotidien des citoyens, dans des domaines aussi variés que la santé ou la capacité physique des individus, l’accès à l’éducation, les transports ou même la pratique du sport. Les exosquelettes pour le soin des grands brûlés ou la bio-impression d’organes en sont quelques exemples. » « Mais les gens ont raison de se méfier. Les adeptes de l’augmentation de la masse osseuse testent déjà les limites du possible, et nous avons besoin de normes communes pour garantir que l’augmentation atteigne son plein potentiel tout en réduisant les risques de dérives ».

L’étude met également en exergue les éléments suivants :

  • Les adultes d’Europe du Sud, dont l’Espagne, le Portugal, la Grèce et l’Italie, ainsi que le Maroc, sont parmi les plus ouverts à l’augmentation humaine : en moyenne, 60 % des répondants dans ces pays s’y montrent favorables.
  • Les adultes au Royaume-Uni et en France sont les plus sceptiques à l’égard de l’augmentation humaine : 36 % des Britanniques et 30 % des Français adultes s’opposent à cette perspective. Plus de la moitié des répondants en France (53%) et au Royaume-Uni (52%) pensent que l’augmentation humaine représente un danger pour la société. Un chiffre bien au-dessus de la moyenne de l’étude, portée à 39%.
  • Le fait de pouvoir augmenter un corps pour rendre son physique plus attrayant a séduit plus d’un tiers (36%) des femmes et seulement un quart (25%) des hommes, tandis que les hommes sont davantage intéressés par l’amélioration de leur capacité musculaire et leur force physique (23%) que les femmes (18%).
  • Près de la moitié (47%) des personnes interrogées pensent que les gouvernements devraient réglementer l’augmentation humaine. Le Royaume-Uni est le plus favorable à l’intervention du gouvernement (77 %) et la Grèce est la plus réticente (17 %).
  • Un tiers des personnes (33 %) sont “enthousiastes” à l’idée d’une augmentation humaine, mais les femmes (21 %) se disent plus concernées que motivées par l’augmentation que les hommes (15 %).

Le Grand Débat sur l’Augmentation : qu’en pensent les professionnels ?

Le 16 septembre, lors de l’édition 2020 de sa conférence annuelle Kaspersky Next, l’entreprise Kaspersky a présenté les résultats de cette étude avant d’organiser un grand débat sur l’augmentation humaine animé par la journaliste spécialisée dans les technologies, Kate Russell, et qui rassemblait :

  • Zoltan Istvan, auteur et fondateur du parti Transhumaniste
  • Professeur Julian Savulescu, professeur à l’université d’Oxford et titulaire de la chaire Uehiro d’éthique pratique
  • David Jacoby, chercheur en sécurité, membre du GReAT, Kaspersky
  • Marco Preuss, directeur de l’équipe de recherche et d’analyse globale (GReAT) Kaspersky en Europe

« Je pense que la majorité des gens seront prêts à se faire augmenter, à condition que ce soit progressif et qu’ils en voient les avantages économiques et médicaux », a commenté Zoltan Istvan. « Historiquement, les gens rejettent les innovations technologiques au début, mais finissent par les accepter parce qu’ils se rendent compte que leur emploi, leurs moyens de subsistance, la sécurité nationale voire même leur survie sont en jeu. »

Pour le professeur Julian Savulescu, le domaine d’expérimentation le plus important de l’augmentation humaine est psychologique et porte sur l’amélioration de nos capacités cognitives et morales. « La plus grande menace à laquelle nous sommes confrontés est l’inégalité des capacités humaines en matière de comportement humain », avertit Savulescu. « L’augmentation humaine a le potentiel d’aggraver les inégalités existantes, donc le défi pour les gouvernements du monde entier est de savoir comment exploiter l’opportunité de l’augmentation humaine pour le bien de la société. »

David Jacoby, chercheur principal en sécurité chez Kaspersky, conclut ainsi :

« L’histoire est ainsi faite : depuis leur apparition, les nouvelles technologies sont aussi exploitées par les « mauvaises personnes ». Mais, les avancées technologiques se sont avérées globalement positives pour l’humanité et je suis certain que ce sera le cas de l’augmentation humaine. Cela dit, nous devons rester vigilants face à la menace d’une utilisation abusive ou d’une attaque malveillante, afin que, lorsque l’augmentation de l’être humain deviendra une réalité quotidienne, la sécurité des êtres humains ne devienne pas une préoccupation secondaire. » 

Méthodologie de l’enquête

L’enquête a été menée par Opinium Research entre le 9 et le 27 juillet 2020. Opinium a interrogé 14 500 adultes dans 16 pays, dont l’Autriche, la Belgique, la République tchèque, le Danemark, la France, l’Allemagne, la Grèce, la Hongrie, l’Italie, le Maroc, les Pays-Bas, le Portugal, la Roumanie, l’Espagne, la Suisse et le Royaume-Uni.

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