Quoique les temps poussent l’Europe à une politique de souveraineté technologique, digitale et de protection des données, celle-ci prolonge son recours à des acteurs technologiques étrangers. Que manque-t-il au Vieux Continent pour donner naissance à ses propres géants ?
Tribune par Benoit Trémolet, Directeur Général de Retarus France SAS – Si elles savent que les lois extraterritoriales comme le Cloud Act exposent à des transferts de données hors de l’Union européenne, les entreprises du secteur privé et les organisations du secteur public en Europe préfèrent continuer à s’appuyer sur des fournisseurs de services numériques étrangers, plus visibles et plus reconnus, que de puiser dans des pépites européennes de la tech.
Certaines consolidations de secteurs clés au bénéfice d’entreprises américaines, telles que l’achat de l’Allemand Hornetsecurity ou du Français Vade par l’Américain Proofpoint, sont un signal préoccupant. Elles doivent inciter à une prise de conscience réelle et à analyser les causes du déséquilibre entre les géants de la tech et les compétiteurs européens.
L’avantage américain : aux origines du déséquilibre
Nombreux sont ceux qui estiment que la clé de la croissance des hyperscalers américains est à la fois de disposer d’un marché interne plus vaste et d’être particulièrement bien financés. Cependant, si les entreprises technologiques américaines bénéficient de financements aussi généreux, c’est parce que ceux qui les octroient savent qu’elles font levier sur la commande publique des Etats-Unis pour assurer leur retour sur investissement.
En effet, à la différence de l’Europe où les clauses de préférence nationale ou européenne seraient contraires à la libre circulation des biens et des services le Pays de l’Oncle Sam a choisi le protectionnisme, notamment par le biais d’un Buy American Act.
Aussi, l’Europe, qui a, elle, opté pour la doctrine du libre-échange et pour le principe de non-discrimination s’est obligée à ouvrir sa commande publique aux entreprises étrangères lorsqu’elle a signé l’Accord sur les marchés publics (AMP) de l’Organisation mondiale du commerce.
Une souveraineté européenne en danger ?
Plusieurs rachats récents d’entreprises européennes par des homologues américaines ont attiré des savoir-faire locaux dans le camp américain. Pourtant, la conjoncture sus-évoquée, quoique structurelle, n’est pas inéluctable. Divers leviers sont en mesure d’inverser la courbe.
D’abord, des dérogations existent, notamment lorsqu’un Pays n’ouvre pas ses marchés publics à l’UE, le principe de réciprocité est actionnable et les marchés publics européens peuvent lui être fermés. De plus, les Pays ont le droit de choisir de ne pas s’appuyer sur une entreprise étrangère lorsque la sécurité nationale est en jeu.
Ensuite, la tech européenne peut miser sur ses excellences, à l’instar du cloud computing, de l’hébergement de serveurs, de la gestion de messageries en environnements complexes, des e-mails transactionnels ou encore de la sécurisation des messageries cloud, que leurs concurrents américains n’ont pas encore perfectionnées.
Enfin, les entreprises européennes doivent intégrer que confier la sécurisation de leurs données à un fournisseur de services non-européen plutôt qu’à une entreprise locale ayant ses datacenters en Europe et certifiée ISO 27001, est un choix risqué, qui ne peut être fait qu’en connaissance de cause.





