Il y a quelques jours, un fichier regroupant les données de géolocalisation de millions de smartphones, incluant des informations relatives à des citoyens français, a été compromis et mis en circulation par des hackers. Ces informations, collectées via plus de 12 000 applications populaires, dévoilent des historiques précis de déplacements, offrant ainsi la possibilité de retracer les itinéraires individuels à l’échelle mondiale. Gravy Analytics, entreprise spécialisée dans la collecte et la revente de ces données, constitue la cible de cette intrusion dont les origines remontent potentiellement à 2018. Cet incident met en lumière une vulnérabilité majeure dans la sécurisation des informations sensibles.
Tribune – Pour Sébastien Viou, directeur cybersécurité & management produits chez Stormshield, il y a deux grands enjeux relatifs à cette nouvelle exfiltration de données :
« Nous avons affaire à une société dont l’existence même, le chiffre d’affaires, provient de la vente de données de localisation des utilisateurs, qui n’ont sans doute aucune idée que leurs données sont transmises. C’est l’éternel débat du « c’est gratuit, donc c’est vous le produit ». L’autorisation d’accès à ces données de localisation est sûrement validée dans les conditions générales d’utilisation du logiciel lors de l’installation. Mais légale ne veut toutefois pas dire juste et, dans le cas présent, il est probable que la majorité des utilisateurs aurait refusé cette utilisation de leurs données.
Le second enjeu tient aux potentielles conséquences d’une telle fuite de données. Après une analyse rapide des données, il est possible de retrouver des points de localisation à la Maison Blanche, au Kremlin, au Vatican, mais aussi sur des bases militaires, américaines comme russes. Autant de données qui, une fois mises en relation avec le nom des individus, constituent un véritable danger pour les personnes impliquées et leurs organisations. Dans le cas où cette base viendrait à être disponible plus largement, nous pourrions assister à des cas isolés visant des individus comme dans le cadre de guerres de cyber-gangs, de l’espionnage, ou encore du harcèlement, entre autres. De plus, dès que les compromissions impliquent des forces militaires, les conséquences peuvent être catastrophiques, non seulement pour la sécurité nationale mais aussi pour la stabilité géopolitique.
Les données de localisation liées à l’univers militaire, en particulier, peuvent révéler des informations stratégiques sur les positions des forces armées.
C’est pourquoi il est impératif que les gouvernements, les institutions militaires et tout organisme traitant des données sensibles renforcent la sensibilisation des collaborateurs face aux risques liés à l’utilisation de telles applications, pas toujours compatibles avec leurs obligations professionnelles. Une vigilance accrue sur ces pratiques, combinée à des mécanismes de surveillance adaptés, est essentielle pour réduire les risques de compromission. La sécurité des données repose avant tout sur une prise de conscience collective et sur l’adoption de comportements numériques responsables, au-delà des seules solutions technologiques. »





