Avec le métavers, la fusion du numérique et du physique transforme la supply chain

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Depuis près d’une décennie, le métavers est annoncé comme la prochaine évolution majeure pour presque tous les secteurs d’activité. Les initiatives destinées aux consommateurs, comme le projet Meta de Mark Zuckerberg, n’ont pas encore porté leurs fruits. Mais, des signes indiquent que la fusion du physique et du numérique est sur le point de transformer la façon dont les responsables de chaînes d’approvisionnement gèrent leurs réseaux.

Premières annonces des géants industriels

Le groupe Renault, à titre d’exemple, a annoncé il y a quelques mois son passage au métavers industriel, dans quatre domaines cruciaux : la collecte massive de données, les jumeaux numériques des processus, la connexion de l’écosystème de la chaîne d’approvisionnement et un ensemble de technologies avancées telles que la visualisation en 3D.

Le groupe espère que, d’ici 2025, « le métavers générera des économies de 320 millions d’euros, dont plus 260 millions d’euros d’économies sur les stocks, une réduction de 60 % du délai de livraison des véhicules, une réduction de 50 % de l’empreinte carbone liée à la fabrication des véhicules et une contribution à la réduction de 60 % des coûts de garantie ». Ce sont là des chiffres impressionnants. Mais comme il s’agit d’un concept relativement nouveau dans la pratique, les preuves sont encore minces en termes d’avantages.

Les nombreuses entreprises qui dépendent du Web2 se concentrent sur leur passage au cloud et sur des bénéfices plus immédiats et délaissent encore le métavers. Mais pour garder une longueur d’avance et des avantages stratégiques, les entreprises vont devoir chercher des cas d’usage pour son déploiement au sein de leur activité.

Une période cruciale

Ces trois dernières années, les chaînes d’approvisionnement ont été perturbées de façon quasi constante et cette industrie n’aurait pas pu tenir si elle n’avait pas fait preuve de résilience. Les innovations fleurissent pour soutenir les supply chains contre la possibilité d’autres événements mondiaux perturbateurs. L’une des principales pistes consiste en la réduction de l’approvisionnement mondial en pièces et en produits.

Certaines entreprises cherchent déjà à rapprocher leur production de leur propre marché. Lors de la dernière décennie, les entreprises ont mondialisé leurs opérations commerciales et leurs stratégies d’approvisionnement afin de réduire les coûts. Mais aujourd’hui, on assiste à un retour vers un approvisionnement en biens, pièces et matières premières plus proche des marchés nationaux, dans le but de se prémunir contre les turbulences géopolitiques et économiques mondiales. Toutefois, l’avènement du métavers et des technologies immersives avancées montre que la relocalisation n’est pas la seule solution pour renforcer la résilience des supply chains.

Aujourd’hui, certaines grandes entreprises commencent à s’intéresser de plus près au métavers, en explorant la manière dont il peut être utilisé dans divers domaines de leurs activités. Si la réalité virtuelle et la réalité augmentée existent depuis de nombreuses années, il n’y a pas encore eu de catalyseur de marché pour une adoption généralisée. Comme pour toute technologie de rupture, il faut une très bonne raison pour que les entreprises et les consommateurs l’adoptent en masse.

Des cas d’usage d’ores et déjà réalisables

Bien que certains aspects du métavers semblent un peu flous, existant uniquement comme des aperçus d’un potentiel futur, certaines applications peuvent être envisagées maintenant par les responsables de chaînes d’approvisionnement.

Par exemple, il est possible de produire une version numérique des informations circulant dans la chaîne d’approvisionnement, pour que les transactions numériques reflètent le mouvement physique des marchandises à mesure qu’elles circulent dans la chaîne d’approvisionnement. En combinant ces flux de transactions avec les données des capteurs IoT, pour obtenir des informations sur l’état et la localisation des expéditions à travers le monde, les équipes peuvent dresser un tableau plus précis des opérations de la chaîne d’approvisionnement. Cette image en 3D peut être visualisée dans un métavers et apporter de nouveaux niveaux de visibilité, de nouvelles capacités de planification et une connectivité sans précédent qui procurera de nouvelles opportunités de collaboration.

Grâce au métavers, les outils de planification intelligents pourraient même soutenir les processus de conception des entrepôts et susciter des perspectives sur l’ensemble d’un réseau commercial pour aider à mesurer et à améliorer les engagements en matière de durabilité.

En tirant parti de l’IA et du machine learning dans les métavers, les organisations peuvent également essayer des scénarios hypothétiques avant d’appliquer des actions à la chaîne d’approvisionnement physique. Par exemple, les entreprises pourraient simuler des événements perturbateurs, tels qu’un conflit régional ou une catastrophe naturelle, afin de comprendre l’impact sur le reste de la chaîne d’approvisionnement. Elles pourraient aussi simuler le résultat de l’introduction de nouveaux fournisseurs pour remplacer les fournisseurs perturbés et l’impact que cela pourrait avoir sur les flux logistiques dans le réseau. 

Pour conclure, les technologies immersives peuvent offrir une série d’avantages à l’industrie de la chaîne d’approvisionnement. Cependant, il faudra des investissements et des preuves de concept de la part de grandes entreprises pour leur donner un véritable élan. Cette technologie a le potentiel de redéfinir complètement la façon dont les entreprises visualisent les opérations de leur chaîne d’approvisionnement à long terme. Il y aura, sans aucun doute, des problèmes de démarrage et des échecs. Mais, comme pour la technologie du cloud, les avantages potentiels sont énormes. Les entreprises cherchant par tous les moyens à réduire leurs coûts et à accroître leur résilience, il y a fort à parier que le métavers devienne essentiel dans les années à venir.

Tribune par Sandrine Saintot, Vice-Présidente Europe du Sud, Ventes, OpenText