Les cybermenaces ont évolué, passant de malware et de systèmes de phishing de base à des attaques ciblées et sophistiquées, souvent orchestrées par des États-nations ou des groupes criminels organisés. Tribune par Blandine Delaporte, Senior Solution Engineer Director chez SentinelOne.
Les entreprises sont désormais confrontées à des menaces persistantes avancées (APT), à des ransomwares avec des tactiques d’extorsion, à des deepfakes et à des attaques de la chaîne d’approvisionnement. Ces menaces exploitent les vulnérabilités des technologies émergentes comme l’IoT, l’IA et les services cloud.
Les profils de haut niveau sont particulièrement ciblés par les violations de données personnelles, les fuites nuisibles à la réputation et les attaques d’ingénierie sociale. L’essor du travail à distance a élargi la surface d’attaque, rendant les mesures de sécurité traditionnelles moins efficaces. Par conséquent, les entreprises et les individus doivent adopter des stratégies de cybersécurité plus complètes, avec notamment des architectures zero-trust, une surveillance continue et une planification de la réponse aux incidents, afin de garder une longueur d’avance sur ces menaces en constante évolution. La complexité et la fréquence accrues des attaques ont rendu le rôle des hackers éthiques essentiel pour identifier et atténuer les risques de manière proactive.
Le hacking éthique pour renforcer les postures de sécurité
Le piratage ou hacking éthique implique des tentatives autorisées et délibérées d’identifier et d’exploiter les vulnérabilités des systèmes, des réseaux ou des applications afin d’améliorer leur sécurité. Les hackers éthiques, également connus sous le nom de hackers « white-hat », sont employés par les entreprises pour simuler des cyberattaques, en imitant les tactiques utilisées par les hackers malveillants. Ils opèrent dans un cadre légal et doivent adhérer à des directives éthiques strictes afin de garantir la sécurité et l’intégrité des systèmes qu’ils testent.
Ils commencent par recueillir des informations sur le système cible, puis le scannent et l’analysent afin d’identifier les faiblesses potentielles, telles que des logiciels obsolètes, des configurations erronées ou des mots de passe faibles. Ils fournissent ensuite des rapports détaillés avec des recommandations pour remédier à la situation.
Une fois les vulnérabilités repérées, les hackers éthiques les exploitent pour évaluer leur impact, souvent à l’aide d’outils et de techniques similaires à ceux utilisés par les cybercriminels. Ce type de piratage est une mesure proactive qui aide les entreprises à identifier les failles de sécurité avant que des acteurs malveillants ne les exploitent, renforçant ainsi les défenses globales de cybersécurité.
Les hackers éthiques, une expertise complémentaire à celle des équipes de sécurité internes
Les hackers éthiques externes et les équipes de sécurité internes jouent tous deux un rôle essentiel dans une stratégie de cybersécurité robuste, chacun offrant des avantages distincts.
Les équipes de sécurité internes apportent une connaissance institutionnelle approfondie, des capacités de réaction rapide et une protection permanente et quotidienne. Elles font partie intégrante du maintien d’opérations de sécurité continues, de la gestion des réponses aux incidents et de l’alignement des pratiques de sécurité sur les objectifs de l’entreprise.
De leur côté, les hackers éthiques apportent de nouvelles perspectives et une expertise spécialisée qui peuvent manquer aux équipes internes. Les hackers externes ont la capacité de mener des évaluations impartiales et approfondies, révélant souvent des vulnérabilités négligées. Ils sont particulièrement utiles pour les tests de pénétration périodiques et complets ou les exercices de red teaming, où leur statut d’outsider leur permet de penser comme de véritables attaquants.
La combinaison d’équipes internes pour une gestion cohérente et continue de la sécurité, et de hackers éthiques externes pour des évaluations spécialisées et indépendantes, garantit une posture de cybersécurité plus complète et résiliente.
Quelles entreprises peuvent le mieux bénéficier de l’intervention de hackers éthiques ?
Si de nombreuses entreprises ont progressé dans l’amélioration de leur dispositif de cybersécurité, leur préparation à des cyberattaques sophistiquées reste hétérogène. Les grandes entreprises, en particulier dans des secteurs comme la finance, les télécommunications, le pétrole et le gaz, sont généralement mieux équipées avec des mesures de sécurité avancées, des équipes dédiées et des évaluations régulières. Elles adoptent souvent des technologies et des cadres de pointe tels que le zero trust, le renseignement sur les menaces et l’IA pour détecter et atténuer les menaces.
Les PME sont souvent moins bien préparées en raison de ressources limitées, de contraintes budgétaires et d’un manque d’expertise en matière de cybersécurité. De nombreuses PME s’appuient encore sur des mesures de sécurité de base, ce qui les rend vulnérables aux menaces avancées telles que les ransomwares, le phishing et les attaques internes. En outre, l’adoption rapide d’initiatives de transformation numérique, stimulée par la pandémie, a parfois dépassé la mise en œuvre de mesures de sécurité robustes. Il est donc nécessaire de renforcer la sensibilisation, d’améliorer la formation et de mettre en place des stratégies de sécurité plus complètes en bénéficiant notamment des compétences et des méthodes des hackers éthiques.
Si les hackers éthiques apportent des compétences et des perspectives spécialisées qui peuvent compléter les équipes de sécurité internes et aider les entreprises à garder une longueur d’avance sur des menaces de plus en plus sophistiquées, il convient de s’assurer que seuls des professionnels qualifiés et réputés sont engagés. Il est crucial de mettre en place des processus de vérification rigoureux, d’examiner leurs références, certifications et performances passées mais également d’évaluer leurs méthodologies, en veillant à ce qu’elles soient conformes aux normes et objectifs de sécurité de l’entreprise. Mieux vaut donner la priorité à des professionnels qui ont fait leurs preuves et qui comprennent bien les directives légales et éthiques.
Enfin, les contrats doivent définir clairement l’étendue des travaux, les obligations de confidentialité et les conditions de responsabilité afin de protéger les deux parties.
Cette approche prudente et méthodique permettra aux entreprises de tirer parti des avantages du secteur des « hackers à louer » tout en minimisant les risques.





