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Lancé en 2006, le mouvement des Anonymous est d’abord pacifique. Sous l’emprise d’hacktivistes parfois non contrôlés, il est devenu une franchise entre légalité et cybercriminalité.

Cela commence comme un jeu vidéo. Un jeu sur Internet, mais avec de vraies cybermanifestations, de vraies cyberattaques, de vrais cybergendarmes et de vrais cybermagistrats. Un jeu qui n’en ai pas un, car il comporte de vrais risques, de vraies amendes, de vraies arrestations, comme dans le monde réel. « La révolution numérique a ouvert un vaste champ de liberté, note William Gilles, Maître de conférence à l’université Paris I Panthéon-Sorbonne.  Mais cet espace est susceptible de basculer à tout moment dans la cybercriminalité.« 

Tout cela décrit le mouvement des anonymes du Web, auto-désignés sous le terme d’Anonymous. Pour anticiper, il faut d’abord se dissimuler. Sur le forum français des Anonymous, le ton est donné. « Où trouve t-on le masque de Guy Fawkes ?« , s’inquiètent ceux qui n’y voient qu’un nouvel amusement. « Dans les magasins de farces et attrapes », répond Ann O’nymous, soulignant toutefois que le visage moqueur et moustachu de ce catholique anglais du XVIe siècle est « la marque de fabrique du mouvement ».

Aujourd’hui, il est le héros d’une bande dessinée de science-fiction sur le totalitarisme d’Etat, V pour Vendetta, écrite par Alan Moore et David Lloyd et transposée au cinéma en 2006. Un héros en lutte contre la censure et pour la liberté d’expression. Les Anonymous l’ont pris pour modèle.

Un mouvement mondial très éclectique

Tout a débuté en 2006 par de simples échanges sur les forums d’images – dénommés Chan – où il n’est pas nécessaire de s’identifier : « Vous aussi, vous pouvez être Anonymous. Ensemble, nous pouvons donner forme à la société » ; « On est la conscience dans le monde virtuel« . On y croise un ancien militant autonomiste breton, un publicitaire londonien ou un retraité du Montana.

Des forums sont organisés sur www.whyweprotest.com (pourquoi nous protestons), le site fédérateur. Les échanges les plus nourris sont en anglais, en allemand et en français. Certains s’amusent, d’autres sont plus sérieux. Il y a des amateurs et des bidouilleurs. Des informations sur des outils d’anonymisation ou les lieux de discussion circulent. On parle du logiciel gratuit Tor qui brouille l’adresse des internautes, des tchats anonymes sur http://irc.lc/anonops/francophone ou bien sur http://4-ch.net/iaa/index.html, des groupes sur les réseaux sociaux comme Facebook. « C’est une organisation bizarre, observe Mathias Schwartz, journaliste au New York Times, il n’y a pas de responsables, n’importe qui peut prétendre en faire partie. Les dérapages sont inévitables, mais ne nuisent pas au succès du mouvement« .

Les Anonymous descendent dans la rue

Il y a trois ans, le mouvement bascule dans l’activisme en s’opposant frontalement à l’église de scientologie. Tout est parti d’une vidéo ambiguë dans laquelle l’acteur américain Ton Cruise, adepte de l’église de scientologie, vante les activités de celle-ci, vidéo que la secte demande à YouTube de supprimer de son site. Scandalisés par cette censure, les Anonymous organisent une riposte mondiale. Le projet, baptisé Chanology, contraction de Chan et de scientologie, est lancé. Des vidéos inquiétantes avec des scénarios de guerre bâtis comme des thrillers, où Tom Cruise aurait pu être acteur, sont diffusées.

Le message est simple : « Scientologues, faites attention, les Anonymous vous surveillent, nous sommes partout, tremblez« . Une manifestation du rue est organisée le 10 février 2008 : plus de 10 000 Anonymous se dressent devant les locaux de l’église de scientologie dans 107 villes et 17 pays. Mais c’est véritablement en décembre 2010 que le mouvement bascule dans l’hacktivisme, contraction de hacker et activisme.

Une nouvelle arme pour néophytes

L’arrestation de Julian Assange, patron du site WikiLeaks, qui publie les documents secrets des États occidentaux, et la fermeture de ses comptes bancaires sans décision juridique, énervent.

Quelques Anonymous forment des groupes d’action baptisés 4chan ou bien Anonops et passent à l’attaque. L’opération est baptisée Payback. Les sites de PayPal, Visa, MasterCard, Amazone ou la Poste Suisse, principaux gestionnaires des comptes bancaires de WikiLeaks et de Julian Assange sont attaqués par déni de service distribué (DDoS). L’opération est orchestrée par une nouvelle arme : Loïc, un logiciel qui aurait été créé par des informaticiens du forum 4chan. Loic est l’outil de prédilectiondu groupe.

Les gendarmes arrêtent rapidement deux script kiddies ayant utilisé Loic : l’un au Pays-Bas, l’autre en Auvergne. Ce sont des adolescents de 15 et 16 ans, néophytes en informatique, qui se sont fait prendre facilement. Pour l’Office central de lutte contre la criminalité liée aux technologies de l’information et de la communication (OCLCTIC) du ministère de l’Intérieur, la cause est entendue : « l’usage du logiciel Loïc est maintenant contrôlé. Il n’y a plus de veille spécifique sur les Anonymous. Désormais le risque vient de LulzSec et d’Anonops. Les enquêtes sur les Anonymous en Allemagne et aux Pays-Bas sont aussi suspendues. »

Des actions perçues comme légitimes

Les Anonymous, eux, justifient leur mouvement en le comparant à des piquets de grève dématérialisés interdisant l’accès à une entreprise, ou en l’assimilant à l’arrachage de légumes transgéniques opérés par les anti-OGM, ou encore au blocage des trains de déchets nucléaires. Et les combats conduits pendant les révolutions arabes ont apporté une certaine légitimité à leur actions.

Début janvier 2011, le logiciel Loïc est de nouveau utilisé contre le « totalitarisme » cette fois. Les sites Internet du gouvernement tunisien de Ben Ali sont bloqués, en réponse au piratage des comptes mails, blogs et profiles de réseaux sociaux des cyberactivistes tunisiens. En Egypte ou en Lybie, la situation est un peu différente puisque c’est la connexion même à Internet qui a été coupée par les gouvernements. Le groupe Telecomix se charge alors d’envoyer des vieux modems pour que les internautes sur place transmettent leurs informations par le réseau téléphonique communté classique.

Début février 2011, d’autres Anonymous récidivent. Cette fois, ils copient des rapports sensibles et des milliers de courriels confidentiels stockés sur le site Web de HBGary, société américaine spécialisée dans la sécurité informatique. Quelques-uns de ces documents montrant comment HBGary manipule l’information, se retrouvent sur WikiLeaks. Les événements s’accélèrent début mai 2011. Des Anonymous de la branche Anonops, mécontents que Sony ait engagé des poursuites contre les copieurs de jeux vidéo, piratent les fichiers bancaires des clients de l’entreprise. Sega subit les mêmes attaques, revendiquées cette fois par LulzSec.

Une marque exploitée par tout le monde

La situation atteint son paroxysme lorsque l’opération conduite contre Sony est démentie par les Anonymous eux-mêmes. Sans guide ni organisation, Anonymous est devenu une franchise que n’importe qui peut exploiter librement. Les idées les plus farfelues côtoient les plus inquiétantes : boycotter Ryanair, attaquer le site du Crif (Conseil représentatif des institutions juives de France), tagger le site du mariage de Kate et William d’Angleterre, ou bien encore ressusciter fictivement le rappeur Tupac.

Toutes les actions d’Anonymous, légales ou pas, sont du ressort d’individus plus ou moins contrôlés et contrôlables qui tournent autour de cette manifestation d’opinions. Un peu comme les badaux et les casseurs qui fréquentes les manifestations de rue, avec toutes les manipulations que cela comporte. A ce titre, Anonymous serait le pendant du mouvement des Indignés dans le cyberespace.

Quel code pour réguler le cyberespace ?

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Depuis l’origine, le mouvement plaide pour la liberté d’expression sur l’Internet. En cela, il s’oppose à la formule d’Eric Schmidt, patron de Google, pour qui « la seule façon de faire qu’Internet fonctionne de façon transparente est d’en finir avec l’anonymat. (…) Il nous faut un service qui vérifie l’identité des gens. De toute façon, les gouvernements le réclameront ».

En France, la chose est entendue puisque le 19 juin 2009, le Conseil constitutionnel a publiquement affirmé que l’accès à Internet était « essentiel à l’exercice de la liberté d’expression et de communication ». L’idée de créer une Haute Autorité chargée du filtrage et de la régulation du Net est lancée. Par son indépendance et ses statuts, elle garantirait le respect des libertés d’expressions et d’information. Mais quel code régulera le Web ? Philippe Wolf, conseiller auprès de directeur général de l’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information, a sa réponse : « En fait, c’est le code informatique qui régule le cyberespace. Il faut le lire pour savoir ce qui se passe derrière ».

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  1. grongnet

    je n’arrive pas à me connecter

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