L’IA est partout, la gouvernance manque : les risques posés par l’IA générative pour les entreprises européennes

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Les données réglementées sont impliquées dans 59 % des compromissions de politiques. Le Shadow AI demeure répandu malgré les mesures pour le contrer. Les cybercriminels utilisent GitHub et OneDrive pour propager des malwares.

Tribune – Presque toutes les organisations en Europe utilisent l’IA générative, mais la gouvernance continue de prendre du retard par rapport à l’adoption. C’est ce que montre le dernier Rapport Europe 2026 du Threat Labs de Netskope, qui analyse les tendances d’adoption, les compromissions de données et la propagation des malwares via les applications cloud au cours de l’année écoulée.

Une pénétration presque totale de l’IA – mais la gouvernance reste en chantier

99 % des entreprises européennes utilisent désormais des applications d’IA générative (GenAI). L’adoption active par les collaborateurs a presque doublé l’année dernière, passant de 35 % à 65 %. Une nette évolution vers des solutions contrôlées par les organisations est évidente : la part des comptes GenAI personnels est tombée de 79 % à 43 %, tandis que les solutions d’entreprise gérées sont passées de 28 % à 72 %. Néanmoins, le Shadow AI reste un problème bien réel : la proportion d’utilisateurs basculant entre comptes personnels et professionnels est passée de 7 % à 15 % – un signe que l’ergonomie et l’accessibilité n’ont pas encore été correctement traitées dans de nombreux environnements.

ChatGPT reste l’application de GenAI la plus largement utilisée en Europe, avec un taux d’utilisation de 88 %. Claude d’Anthropic s’est installé à la deuxième place avec 79 %, soit loin devant Google Gemini (69 %), et a connu une adoption fulgurante depuis septembre 2025 (+29 % au cours de l’année écoulée). Cela montre un paysage de l’IA de plus en plus diversifié au sein des entreprises européennes ; par exemple, Le Chat de Mistral est désormais utilisé par 8 % des organisations.

Les données réglementées restent le risque majeur

Une analyse des compromissions de données révèle une tendance claire : les données réglementées représentent 59 % de toutes les infractions aux règles de sécurité liées à la GenAI. Le code source suit avec 15 %, la propriété intellectuelle avec 13 %, et les mots de passe et clés API avec 12 %. Une situation similaire se dégage pour les applications cloud personnelles : ici, 63 % des infractions concernent des données réglementées, suivies par la propriété intellectuelle (17 %), les mots de passe et clés API (11 %), et le code source (9 %). Les applications personnelles pour lesquelles la plupart des organisations appliquent des contrôles en temps réel sont Google Drive (32 %), ChatGPT (27 %) et Gmail (22 %).

« L’Europe dépasse la phase d’enthousiasme initial liée à l’intelligence artificielle générative pour entrer dans une réalité plus opérationnelle, où l’usage est généralisé mais où le contrôle est encore en train de rattraper son retard, déclare Gianpietro Cutolo, Cloud Threat Researcher chez Netskope Threat Labs. Les organisations abandonnent de plus en plus les outils d’IA personnels au profit d’environnements managés, pourtant les données réglementées continuent de dominer les violations de politiques de sécurité, ce qui montre bien où se situe le véritable risque. Alors que l’IA s’intègre dans les workflows quotidiens plutôt que d’être utilisée comme un outil autonome, le défi n’est plus l’adoption, mais le maintien de la visibilité et du contrôle sur les données sensibles qui transitent par des systèmes de plus en plus complexes et connectés. »

L’IA est intégrée bien plus profondément qu’il n’y paraît

Un point particulièrement pertinent pour les équipes de sécurité : 64 % des utilisateurs interagissent directement avec des applications de GenAI. Cependant, un nombre bien plus important (95 %) utilise des applications qui intègrent indirectement des fonctionnalités d’IA. Par ailleurs, 89 % utilisent des applications qui s’appuient sur les données des utilisateurs pour l’entraînement des modèles. L’IA fonctionne depuis longtemps en arrière-plan, même dans les cas où les collaborateurs ne l’utilisent pas consciemment.

Les cybercriminels exploitent des services cloud de confiance

En plus des risques de gouvernance posés par l’adoption de l’IA, le rapport met en évidence une évolution préoccupante des tactiques d’attaque : GitHub et Microsoft OneDrive sont les plateformes les plus fréquemment exploitées pour la distribution de malwares en Europe, 10 % des entreprises sont touchées respectivement sur ces deux plateformes. Les attaquants exploitent spécifiquement la confiance des utilisateurs dans des services bien connus pour y placer du contenu malveillant et rendre la détection par les systèmes de sécurité plus difficile.

Réalité opérationnelle contre failles réglementaires

Les conclusions mettent en évidence une tension structurelle qui exerce une pression croissante sur les responsables de la sécurité informatique en Europe : l’IA est profondément ancrée dans les opérations, ce qui n’est pas encore le cas des mécanismes de contrôle. Les données réglementées affluent vers des systèmes qui ne sont pas entièrement surveillés, et les attaques se masquent sous l’apparence d’un trafic cloud légitime. Pour les entreprises soumises au RGPD, à NIS2 ou à des exigences de conformité sectorielles, cela renforce considérablement l’urgence de mettre en place une gouvernance robuste de l’IA.