Les applications tierces déployées dans un environnement d’entreprise peuvent, si elles ne sont pas correctement évaluées avant leur installation, devenir des portes d’entrée pour les cybercriminels. Bien qu’elles soient indispensables au bon fonctionnement des entreprises, ces applications les exposent à des risques de sécurité majeurs, notamment lorsque leurs vulnérabilités sont sous-estimées ou négligées lors de leur acquisition ou déploiement.
Tribune de Zimperium, signée Antonio Nappa, Application Analysis Team Leader
Adopter une approche proactive de la sécurité, en procédant à des analyses rigoureuses des applications externes, est devenu un impératif pour toute entreprise. Cette démarche permet de renforcer la première ligne de défense tout en s’assurant que les applications tierces contribuent pleinement à la performance sans compromettre la sécurité.
Applications tierces : des vecteurs d’attaque sous-estimés
Applications malveillantes et programmes potentiellement indésirables (PUPs) peuvent faciliter des attaques sophistiquées. Mais le danger est encore plus insidieux lorsque des applications tierces, pourtant adoptées à des fins légitimes, exposent involontairement des systèmes sensibles de l’entreprise. L’un des vecteurs majeurs d’attaque est la fuite de données. Une application ne respecteant pas les bonnes pratiques de gestion sécurisée peut divulguer des informations critiques (identifiants, tokens d’authentification, clés d’API). Ces failles peuvent provenir d’un stockage local non sécurisé, d’une cryptographie mal implémentée, de communications non protégées ou de configurations cloud mal maîtrisées. Autant de vecteurs potentiels pour les cybercriminels, capables de s’infiltrer non seulement dans les appareils ciblés, mais également dans toute l’infrastructure de l’entreprise.
À cela s’ajoute la menace d’élévation de privilèges. Certaines applications tierces peuvent contenir du code non sécurisé permettant d’escalader les privilèges sur un appareil ou de modifier le comportement de composants critiques du système. De telles vulnérabilités compromettent non seulement l’appareil mais également l’ensemble de l’infrastructure connectée. Face à ces risques, renforcer les processus d’évaluation de sécurité des applications avant leur déploiement devient essentiel.
Un contrôle rigoureux des applications tierces pour réduire la surface d’attaque
Lorsqu’elles ne sont pas correctement évaluées, les applications tierces peuvent exposer des informations sensibles et accroître considérablement la surface d’attaque. « hard coding », tokens d’authentification non sécurisés, API internes mal protégées, intégration de services cloud mal configurés ou encore permissions excessives sur mobiles : autant de vulnérabilités que les attaquants peuvent exploiter à leur avantage
Pour limiter ces risques, l’évaluation des applications ne peut se limiter à l’identification de vulnérabilités superficielles. Elle doit garantir que les utilisateurs n’aient jamais accès à des informations sensibles et qu’aucune autre application présente sur l’appareil ne puisse accéder ni intercepter des données via des ressources partagées.
Ce processus d’évaluation doit s’inscrire dans un modèle de sécurité en boucle fermée, dans lequel les données sensibles sont non seulement isolées et chiffrées mais uniquement accessibles par les composants sécurisés de l’application, sous des conditions strictes. Ainsi, aucun acteur non autorisé (humain ou logiciel) ne peut accéder avec ces informations ou les exploiter lors du déploiement d’applications tierces.
Chaque application est une menace potentielle : des chiffres alarmants
Les chiffres parlent d’eux-mêmes : une récente étude* précise, qu’en 2024, 3 % des applications tierces analysées exposaient des données sensibles via l’interface utilisateur ou des messages d’erreur. 2% présentaient des outils de débogage vulnérables, exposant des informations critiques (comme des clés API ou tokens) tandis que 3% utilisaient des ressources partagées non sécurisées, exposant des données à d’autres applications. Plus inquiétant encore, 3 % des applications examinées étaient classées comme malveillantes et 8 % comme des programmes potentiellement indésirables (PUPs), susceptibles de faciliter des fuites de données ou d’adopter des comportements intrusifs.
Ces statistiques démontrent que chaque application tierce intégrée dans un environnement d’entreprise augmente la surface d’attaque de manière significative. Elles rappellent également que leur évaluation rigoureuse n’est pas un simple passage obligé mais une nécessité stratégique pour les entreprises pour protéger l’intégrité de leurs systèmes, la confiance de leurs clients et leur conformité réglementaire.
* Source : Global Mobile Threat Report 2024 de Zimperium





