
Qu’il s’agisse du visionnage d’une série en streaming, du télétravail ou encore de l’accès à un service public en ligne, derrière chaque usage numérique circule une masse considérable de données. Pour en saisir l’ampleur, il suffit de regarder les données de l’ARCEP : en France, le trafic à l’interconnexion a atteint 50,8 Tbit/s fin 2024, en hausse de 9,2 % sur un an. Plus de 70 % des connexions reposent désormais sur IPv6. Ces flux, invisibles à l’utilisateur, conditionnent pourtant directement la qualité de l’expérience.
Tribune – Daniel Crowe, Area Vice President pour la France et l’Europe du Sud chez NETSCOUT, estime que leur supervision reste souvent trop cloisonnée.
« Selon nos recherches, seule la moitié des entreprises estime maîtriser correctement la collecte et l’analyse de leur trafic réseau cloud, ce qui explique pourquoi des incidents, pourtant perceptibles pour les usagers, échappent encore trop souvent aux outils de supervision.
Quand une application mobile se fige, l’utilisateur bascule vers le site web. Si le site est lui aussi lent, il appelle le service client. Pourtant, dans bien des cas, ces canaux reposent sur la même infrastructure. La question est simple : comment identifier la cause réelle si chaque équipe ne voit qu’une partie du problème ? Bien que les métriques et les logs donnent des indices, seuls les paquets et les flux révèlent clairement ce qui circule vraiment dans le réseau.
Nous avons ainsi constaté que les entreprises capables d’analyser efficacement ces données résolvent un incident en moins d’une heure, alors que celles qui n’y parviennent pas dépassent souvent quatre heures. Ce délai se traduit par une expérience utilisateur dégradée et un impact négatif sur leur réputation.
En outre, les équipes réseau et opérations IT (ITOps) et sécurité (SecOps) sont en première ligne face à ce défi. Leurs environnements hybrides et multicloud se complexifient, alors même que les données de paquets deviennent de plus en plus centrales. La majorité des organisations estiment d’ailleurs qu’elles joueront un rôle majeur dans les opérations de sécurité cloud.
Il existe cependant des limites bien réelles. Plus le trafic est chiffré, plus la visibilité se restreint, et l’augmentation des volumes rend l’analyse, comme le stockage, plus difficile à maîtriser. Pourtant, malgré ces contraintes, les retours d’expérience montrent que l’exploitation des paquets reste déterminante car elle ouvre la voie à des usages concrets.
Pour les équipes ITOps, les paquets servent à surveiller les performances et à optimiser les infrastructures. Pour SecOps, ils sont au cœur des enquêtes post-attaque, de la détection en temps réel et même du contrôle de conformité. Ces données permettent donc d’aller au-delà des simples métriques, logs et traces, en fournissant une vision directe du trafic.
Les volumes croissants de données et la multiplication des connexions préparent l’avenir, mais ils ajoutent aussi des angles morts : un ralentissement local, autrefois limité, peut désormais se propager et toucher en quelques instants des milliers d’utilisateurs. Ainsi, l’enjeu n’est plus seulement technique. Il s’agit désormais d’un facteur de confiance numérique, aussi déterminant pour les entreprises que pour les utilisateurs. C’est pourquoi, il est essentiel que les entreprises aient une observabilité totale sur leurs réseaux afin de pallier autant que possible ces risques. »




